Ecole et cinéma

Ce soir, en hommage à une collègue très impliquée dans ce dispositif, je voudrais vous parler du programme « école et cinéma » auquel je souhaiterai aussi participer le jour où j’aurai enfin ma classe. Créé en 2009 sous l’égide des Ministère de la Culture et de l’Education Nationale, il concerne les enfants de la grande section de maternelle au CM2 et a pour but de former leur regard à l’art cinématographique afin qu’ils ne se contentent pas d’absorber passivement les images mises en scènes mais qu’ils apprennent aussi à les apprécier. Comment ? Tout d’abord, l’enseignant choisi parmi une sélection d’une cinquantaine de titres régulièrement renouvelée trois oeuvres qu’il étudiera pendant l’année scolaire. Celles-ci peuvent être contemporaines ou bien appartenir déjà à notre patrimoine culturel (pour exemple, on retrouve aussi bien les incontournables Vacances de Monsieur Hulot de Jacques Tati que l’Etrange Noël de Mister Jack du déjanté Tim Burton). En classe, un premier travail est généralement mené autour de l’affiche et de l’auteur : les élèves émettent des hypothèses sur le scénario possible, ils font des recherches en utilisant les nouvelles technologies et se créer petit à petit un premier « horizon d’attente » avant le visionnage. Celui-ci se déroule dans un second temps dans une salle de cinéma associée au projet. Parfois, une visite de la salle de projection est prévue ce qui permet aussi de sensibiliser les jeunes spectateurs à l’importance des conditions matérielles pour profiter pleinement d’un film (projecteur, écran, enceintes etc…). Enfin, de retour en classe, ils reviennent sur leurs ressentis et sur leurs hypothèses initiales. Après les avoir validées – ou non-, ils travaillent à reconstituer le film à partir de photogrammes, revisionnent si possible des séquences clés pour les analyser plus finement, ou imaginent une autre fin selon leur âge. Toutes ces tâches peuvent aussi donner lieu à la rédaction d’un cahier du cinéma que les élèves pourront compléter au fil des années. Non seulement cette initiative leur permet d’éduquer leur regard et leur esprit critique, mais ils acquièrent ainsi une première culture commune ce qui est l’un des objectifs centraux de nos programmes scolaires actuels. Bref, vous l’avez compris, je trouve ce dispositif plus qu’intéressant et vous mets donc le lien sur mon blog.

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« Un gruffalo ? C’est quoi un gruffalo ? »

  Comment ? Vous ne connaissez pas cet être imposant doté de « crocs impressionnants, de griffes acérées et de dents plus coupantes que celles d’un requin »  ? Il est pourtant l’un des héros enfantins les plus connus outre-manche et outre-atlantique et, depuis la sortie en France d’un dvd le 1er mars 2012, il pourrait bien connaître le même succès dans notre pays… De quoi s’agit-il ? Au départ, tout commence avec un petit album pour enfants écrit par Julia Donaldson et illustré par Axel Scheffier qui fonctionne sur le modèle du un conte en randonnée. Je m’explique pour les non-enseignants : une petite souris se promène « dans un bois très sombre ». A chaque nouvelle page, elle rencontre un animal qui la trouve « bien appétissante » et qui veut l’inviter à souper dans sa demeure en pensant pouvoir tranquillement la dévorer comme tout prédateur qui se respecte. Mais la petite souris est maline et, à chaque fois, elle répond qu’elle est justement en train d’attendre son ami le gruffalo, un être que l’on croit au départ inventé de toutes pièces tant ses attributs paraissent de plus en plus effrayant. Effrayés, les différents prédateurs préfèrent fuir et le conte se poursuit jusqu’à …la rencontre entre la souris et le gruffalo !!! Que se passe-t-il alors ? Volontairement, je ne répondrait pas à cette question pour que vous alliez voir par vous-même l’ouvrage en question ou, si vous êtes plus branché internet, pour que vous alliez visionner des extraits du dvd gratuitement sur Youtube. En tant qu’institutrice, j’ai découvert ce livre par hasard car il figure sur les listes de lectures recommandées par l’Éducation Nationale pour les enfants de cycle 2 (5 à 7 ans), mais j’ai très vite été enthousiasmée à la fois par son accessibilité pour les enfants et par la variété des exploitations possibles. Deux exemples parmi d’autres m’ont bien plu : en grande section, j’ai vu un collègue proposer aux élèves d’inventer un conte sur le même modèle ; en CE1, un autre instituteur utilisait le dvd lors des séances d’Anglais et, au bout de deux ou trois séances, il demandait aux enfants de rejouer l’histoire en réutilisant les dialogues originaux. Le résultat était impressionnant mais pas étonnant si on considère l’importance des capacités de mémorisation d’un texte oral à cet âge. Bref, je vous conseille et le livre et le dvd (qui peut être vu dans les deux langues d’ailleurs) ainsi que la suite de l’album intitulée Petit Gruffalo. Bonne lecture …

Zarafa, de Rémi Bezançon et Jean-Christophe Lie

  Sorti au début du mois de février, ce dessin-animé de Rémi Bezançon (le réalisateur de Le premier jour du reste de ta vie et de Un heureux événement) a connu un vrai succès en salle. Et pour cause ! Derrière une trame narrative d’une apparente simplicité, à savoir l’épopée de la première girafe à avoir posé la patte sur le sol français, se cache en fait un film d’animation très beau esthétiquement et d’une vraie profondeur intellectuelle. Sur le plan de la forme tout d’abord, les dessins sont à la fois ultra-réalistes (il n’y a qu’à regarder la tête du méchant qui est étonnamment expressive de méchanceté) et parsemés d’aquarelles jetées (un peu comme du crayonné en fait). Le rendu est donc très agréable à regarder et fait penser, en version pastel, aux dessins de Michel Ocelot. Concernant le fond ensuite, l’auteur aborde plusieurs thèmes pouvant donner à réfléchir aux petits et grands notamment celui de l’esclavagisme. En le présentant comme la façon qu’ont les hommes de traiter d’autres hommes comme des animaux (et même les animaux comme des hommes, tant les bêtes du film -la girafe, mais aussi les deux vaches bouddhistes- semblent pourvues de sentiments), il montre les côtés les plus sombres du racisme et de ses préjugés ce qui permet de réfléchir ensuite collectivement sur les notions de respect et de tolérance ordinaire. Enfin, et ce qui ne gâche rien bien au contraire, ce dessin animé est bourré d’humour donc, si vous avez du temps devant vous, vous savez ce qu’il vous reste à faire…