Encourager ses élèves en classe de CP

           Un mois après ma reprise dans ma classe de CP, je me suis dit que cela pourrait être sympathique de vous faire partager quelques uns de mes affichages. Je sais que trop d’affichage tue l’affichage mais je suis aussi convaincue du bien fondé d’avoir des affiches attrayantes et motivantes dans la classe.

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Celle-ci orne mon tableau depuis le mois de septembre et est issue du très riche blog de monsieur Mathieu accessible ici. Elle me permet de féliciter trois élèves devant toute la classe pour leurs efforts dans tel ou tel domaines sachant que tous vont bien sûrs être félicités un jour. C’est un outil qui leur parle beaucoup en début d’année et que je couple avec des bons de félicitations exceptionnels que je distribue à peu près tous les 15 jours à tous pour les coller dans les cahiers de liaison et les montrer aux parents.

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         Celui-ci est au-dessus de mon bureau pour dédramatiser l’erreur quand je dois sortir mon tampon « courage continue » ou « attention au soin » (ils ne sont pas très agressifs non plus comme vous pouvez le remarquer). Je parle beaucoup de l’erreur en début d’année pour qu’ils entendent que je préfère voir leurs réponses même erronées plutôt que celle du copain d’à côté qu’ils auraient recopié sans comprendre. Nous sommes en janvier et je crois qu’ils ont bien compris l’idée car ils n’essayent plus de « tricher » lorsqu’on corrige en collectif les exercices du fichier de maths par exemple.

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        Et une dernière qu’ils adorent, notamment lorsque je sévis au bout de la énième fois où untel m’a coupé la parole sans lever le doigt ou n ‘a fait que se promener dans la classe au lieu de sortir son matériel, celle de « Monsieur Muscle ». Ils l’ont vraiment associé aux difficultés de comportement cette année mais elles peut très bien être utilisées pour les difficultés d’apprentissage aussi. Voilà, vous en savez un peu plus sur ma classe de CP cette année. A bientôt !

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Quand je vais dans ma classe, j’aime bien j’aime bien …

              Les instits auront reconnu dans ce titre celui d’une comptine largement répandue dans les classes de maternelle mais elle pourrait parfaitement s’adapter à ma classe de CP. Dans ma classe, ou plutôt dans notre classe puisqu’elle appartient autant aux élèves qu’à moi, il y a ce qu’on appelle commodément des « coins », c’est-à-dire des espaces qui ont une fonction spécifique.En voici quelques uns :

coin regroupement             Le premier qui est plutôt rare en élémentaire est dédié au regroupement : les élèves ne s’assoient pas (encore ? ) par terre autour d’une ellipse mais ils s’y retrouvent régulièrement pour compter le nombre de jours d’écoles, pour lire un album ou un documentaire ou bien pour participer aux conseils d’enfants hebdomadaires. Une fois par semaine, ou deux s’il s’est produit un évènement à traiter plus tôt, les élèves ont ainsi un temps pour discuter de l’ambiance de la classe et des projets à mener. Ils peuvent féliciter un camarade, critiquer un comportement inadapté et proposer individuellement ou collectivement des solutions pour améliorer la situation. C’est aussi l’occasion de lancer de nouvelles idées de projets comme celui concernant l’aménagement de notre coin nature.

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       Comme vous pouvez le voir, il est bien rempli en ce moment. Il y a des puzzles de botanique et de zoologie car nous avons des poules dans l’école ainsi qu’un jardin. Il y a des poissons combattants dans des aquariums suite à la demande des élèves qui en ont eux-mêmes financé l’achat en vendant des crêpes fabriquées avec les oeufs de nos poules à la sortie de l’école. Il y a des lentilles et des noyaux d’avocat en train de germer, une plante « adulte » dont il faut prendre soin et des plantations dans les petits pots en tourbe de pois de senteur que nous observons régulièrement. Je dois avouer que c’est la première année que je donne une telle place aux sciences naturelles dans ma classe et c’est formidablement intéressant à dire vrai.

       Un autre coin est celui des ateliers autonomes. Pour le moment, je bricole un peu avec les moyens du bord pour proposer des activités adapté aux différents niveaux à la fois en lecture, en numération, en géométrie et en motricité fine mais le fonctionnement se rode peu à peu et j’ai dans l’espoir d’investir dans des meubles plus adaptés l’an prochain. C’est un espace très important car les élèves s’en sont saisis petit à petit et ils me réclament très souvent maintenant d’aller prendre un atelier pour s’entraîner seuls (il faut dire aussi qu’ils connaissaient déjà le fonctionnement des ateliers Montessori en maternelle sur des temps prédéfinis par contre alors que les miens sont libres à partir du moment où j’ai déclaré qu’ils avaient assez de temps pour faire une activité en autonomie).

meubles maths

atelier

                  J’ai aussi bien sûr  un système d’emploi du temps visuel, un baromètre sonore, un tableau des responsabilités et un affichage des sons. Cela est plus traditionnel mais je vous mets tout de même des photos pour visualiser la chose. Ils sont sans doute perfectibles mais ils sont utiles autant pour moi que pour eux pour le moment donc on les garde jusqu’à la prochaine idée lumineuse des enfants ou de moi-même. Beaucoup d’images viennent de blogs de collègues que je ne remercierai jamais assez de partager ainsi leur travail.

affichage tableau

métiers

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Voilà, vous savez presque tout sur notre classe maintenant. La prochaine fois, je vous parlerai de notre jardin et de nos poulettes du coup. A bientôt chers lecteurs et n’hésitez pas à faire connaître le blog ou la page FB à vos contacts histoire de montrer que dans les écoles de quartier aussi les choses bougent pour le bénéfice des enfants !

 

 

Calme et attentif comme une grenouille

La grenouille… dans mon imaginaire personnel, ce petit animal vert et gluant était loin d’être prédestiné à devenir la mascotte d’une méthode de relaxation pour les enfants. Je le considérais plutôt comme le spécialiste des bonds en tous genres, toujours en train de faire la brasse dans sa petite mare ou à l’affût de la moindre petite mouche passant par là pour la gober. Bref, tout sauf un être tranquille. Le qualifier d’attentif en plus, cela m’a laissé fort perplexe quand j’ai lu le titre de ce livre mais, comme j’aime les accroches qui remettent en cause les idées reçues, je suis allée au-delà de mes préjugés.

9782352041917           Dès la couverture, l’auteur annonce proposer des exercices de méditation « pour les enfants avec leurs parents ». En s’inspirant de la pratique de la pleine conscience, elle a ainsi construit des exercices de respiration simples qui aident peu à peu l’enfant à se recentrer sur l’instant présent et à prendre du recul par rapport aux émotions qui peuvent le traverser. Bien sûr, j’étais déjà sensibilisée à ces questions de part mes lectures liées au maternage : Isabelle Filliozat, le Dr Guéguen ou encore Aletha Solter ont beaucoup écrit sur ces émotions qui bouleversent profondément nos enfants. A leur âge, ils ne savent pas toujours les exprimer et, quand c’est le cas, c’est souvent avec violence si bien qu’on se retrouve parfois démunis en tant qu’adulte devant leur état. Les exercices proposés par Eline Snel s’inspirent directement de la pleine conscience et sont, grâce au support CD qui les accompagne, plutôt faciles à mettre en oeuvre au quotidien.

Pour les parents, je pense qu’on peut arriver à ritualiser les temps de méditation pour aider l’enfant à prendre « de bons réflexes » face aux émotions qui peuvent l’agiter. Pour les enseignants, on peut aussi s’en servir dans le cadre de l’éducation morale et civique qui consacre désormais tout un item à la reconnaissance et à la gestion de la sensibilité sous le titre Soi et les autres : les émotions. C’est d’ailleurs dans cette perspective que je vais personnellement utiliser cet ouvrage dans ma classe à partir de la rentrée des vacances en espérant que mes élèves arrivent mieux à vivre avec eux-mêmes d’une part, et avec les autres, d’autre part. Je vais coupler ces exercices avec des extraits du film vice-versa, des jeux de mimes et des jeux de rôles pour leur permettre de prendre du recul sur ce qu’ils ressentent au quotidien, comment cela peut s’exprimer et, surtout, que faire pour arriver à retrouver un certain calme après les moments de forte agitation. Je vous ferai sûrement un petit bilan au bout de quelques semaines de pratique pour vous dire les résultats sur l’ambiance de ma classe, sur l’épanouissement des élèves et l’évolution de leurs capacités d’attention. Officiellement, ce sont les trois objectifs que je vise avec mes grands CE2 mais je pense qu’on peut utiliser cette méthode avec des enfants de 4 à 10 ans et ce d’autant plus que le CD propose parfois des versions adaptées à l’âge des enfants. Pour conclure, je vous mets en lien une petite vidéo de la première méditation pour que vous puissiez tester à la maison et vous faire votre propre avis. Bonne écoute !

 

 

Comment j’utilise la méthode des alphas dans ma classe de CP ?

Pendant les dernières vacances scolaires, j’ai invité quelques amies blogueuses dans ma classe afin de leur présenter la manière dont j’utilise les alphas avec mes élèves. Étaient ainsi réunies Pascaline (Les Bien Aimés), Stéphanie (Maman moderne-politiquement incorrecte) et Marie (Bambinisurterre) laquelle a d’ailleurs fait un bref compte-rendu ici. Mon objectif était de leur expliquer ce qui me plaisait, ou non, dans cette méthode que plusieurs familles utilisent aussi à la maison pour aider leur enfant à apprendre à lire. Personnellement, je n’ai pas eu trop le choix de l’appliquer car c’est ce qui étaient en place dans ma nouvelle école depuis 4 ans et, en accord avec mes deux autres collègues, nous avons décidé de poursuivre encore un an avant de changer ou non de méthode.

IMG_0040Dès les premiers jours de septembre, nous avons commencé par montrer l’album et le DVD des Alphas à nos petits élèves en relevant avec eux les personnages principaux et leurs caractéristiques. Il faut avouer que même si je n’accroche pas trop avec les graphismes, l’histoire est bien claire avec des personnages facilement identifiables et des temps de « présentation » qui permettent de bien les identifier. En parallèle, les élèves ont pu manipuler les petites figurines de l’histoire pour se les approprier et nous avons appris à les classer par « familles » (consonnes et voyelles). Le caractère ludique de cette première étape a certainement aidé a instaurer un climat de classe rassurant car certains appréhendaient vraiment les exigences du CP mais il n’était bien sûr pas question d’en rester là.

Dès le deuxième jour, nous avons commencé le travail « d’apprentissage » a proprement parler. Nous étudions deux sons par semaine de manière très complète : graphie dans les trois écritures, discrimination positive pour repérer le son dans un mot, puis association deux lettres déjà étudiées pour former des syllabes. Ces exercices sont issus d’un montage à partir du classeur d’activité de la méthode mais nous y aussi ajouté les gestes de Mme Borel Maisonny ce qui permet aux élèves de « signer » les lettres et de mieux les mémoriser.

IMG_0041Nous utilisons aussi les posters de la méthode, lesquels sont bien pratiques pour retenir les associations de lettres qui forment les sons dits complexes. Enfin, lors des temps d’ateliers, j’ai aussi introduit des lotos des alphas et des dominos fabriqués maison pour permettre toujours aux enfants de manipuler les lettres. A noter que chacun d’entre d’ailleurs que chacun d’entre eux a dans son casier 4 petites boîtes pour stocker les personnages alphas, leur écriture en capitale d’imprimerie, en script et en attaché.

Pour finir, à partir du mois de novembre, j’ai introduit le loto des alphas de la méthode qui consiste en fait en 61 planches représentant des dessins à encoder (écrire en jargon Education Nationale) avec les personnages alphas… C’est ludique, bien différencié avec plusieurs niveaux de difficulté et cela permet aux élèves de composer des mots sans avoir les difficultés liés à l’apprentissage de l’écriture.

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Au bout de quatre mois d’utilisation des Alphas, je conclurai donc sur une note positive mais nuancée. C’est une bonne méthode mais elle revient chère à l’achat et nécessiterait un fichier papier digne de ce nom pour les élèves. Elle ne permet pas non plus de travailler beaucoup la compréhension de textes si bien que je vais la compléter, à partir de janvier, par une seconde méthode qui repose davantage sur l’exploitation d’albums de littérature de jeunesse. Enfin, et c’est surtout ce qui compte peut-être le plus en définitif, mes élèves l’adorent et aiment apprendre à lire avec ce qui est déjà un très gros point fort.

La rentrée des classes … vue du côté d’une maîtresse !

dessin-Jack-Koch-rentrée-enseignants-2014-648x458Cartable au dos ou sacoche à la main, élèves et enseignants ont repris le chemin de l’école depuis près d’un mois maintenant. Toi qui es parent, tu as peut-être appréhendé la rentrée de ton enfant, notamment si c’était sa toute première ou son passage à la « grande école » ! Un moment émouvant qui marque un cap important dans la vie de nos petits, mais aussi dans la vie de parent. Modestement, voici un petit aperçu « côté coulisse » de cette période particulièrement sensible.

Pour une institutrice, la rentrée se prépare en fait bien avant le mois de septembre. Dès le mois de mai, qu’on soit déjà en poste là où l’on va exercer ou on, il est vivement conseillé d’effectuer ses commandes de matériel si on veut le recevoir avant le jour fatidique de la rentrée. Et croyez-moi, pour avoir vécu plusieurs fois la première quinzaine sans crayons ni manuels, ce n’est pas un luxe que de vouloir démarrer l’année avec tous ses cahiers … En juin, les principales modifications concernant les futures listes de classes sont effectuées mais, avant que d’imprimer les nouvelles listes, les étiquettes prénoms etc. encore faut-il terminer d’assurer l’année en cours ce qui, généralement, nous prend tout notre temps. Il faut ensuite compter, selon les personnes, une à deux semaines pour ranger le bazar les affaires de l’année écoulée puis un petit break pour récupérer.

Dans l’idéal, on profite ensuite des vacances pour établir un programme général de l’année ou, à défaut, au mois des deux premières périodes. J’écris volontairement dans l’idéal car, pour tous les enseignants nommés en été, c’est-à-dire après la fermeture des écoles ou en septembre, un tel travail est impossible faut de connaître le niveau dans lequel ils vont exercer. Cette année, pour la première fois depuis 7 ans, je savais que j’allais avoir un CP et j’ai donc pu anticiper ma rentrée en épluchant les programmes et en visitant les sites de collègues plus expérimentés. Bien sûr, une semaine avant le jour J, j’étais comme la plupart de mes collègues nouvellement nommés dans mon école en train de disposer les tables selon mes préférences, de guetter l’arrivée des commandes (celles de mai) et de préparer mes cahiers d’écriture. Tout cela à titre bénévole bien sûr car, officiellement, la rentrée des enseignants était la veille du jour j. Cette journée de pré-rentrée correspond en fait à une matinée de réunion avec l’ensemble des collègues, le directeur et les services médicaux-sociaux de l’école. Synonyme de distribution d’innombrables formulaires administratifs à distribuer aux élèves pour la rentrée, elle a également coïncider cette année avec la nomination d’une nouvelle ministre de l’Education Nationale ce qui n’a pas non plus manquer d’alimenter les conversations dans les écoles…

Le soir, la tête saturée d’informations et la trame de ma première semaine sous le bras, je prépare ma tenue de « super maîtresse » pour le lendemain en me répétant que tout va bien se passer (et oui, les maîtresses aussi stressent un petit peu avant de rencontrer leurs nouveaux élèves 😉 ). Après une nuit généralement agitée, je me rends de bonne heure dans mon école afin de peaufiner les dernières activités et, un quart avant la sonnerie fatidique, je me prépare mentalement à faire le grand saut.

Cette année, comme les cp ne connaissaient pas encore leur nouvelle école, je les accueillis avec leurs parents à la porte de la classe et les ai laissés s’installer là où ils le voulaient. Une fois qu’ils sont tous arrivés, et après avoir rassurés les parents souvent plus inquiets que leurs enfants, j’ai attendu le silence pour me présenter (traditionnellement, j’écris mon nom au tableau car cela me rappelle les enseignants de ma propre enfance)avant de leur demander de faire de même sous la forme d’un dessin. Il n’y a plus de stress, tout roule :« Que le spectacle commence ! »

16h30 , la journée est déjà finie ! Ouf ! Je suis contente et les élèves aussi. Finalement, ce n’était pas la peine de stresser comme ça ! J’ai beau me dire cela tous les ans, en septembre c’est toujours la même chose.

 

Pourquoi les enseignants de l’Education Nationale font-ils grève ?

index-260x160Aujourd’hui, jeudi 15 mai 2014, je n’étais pas devant mes élèves de CE1-CE2. Ce matin, je participais à la manifestation  pour défendre les conditions de travail dans le le service publique et,  cet après-midi, j’étais devant mes piles de cahiers à corriger. Comme beaucoup semblent encore penser qu’être fonctionnaire dans l’Education Nationale, c’est avant tout la stabilité de l’emploi, les fameuses vacances dont on nous rabat les oreilles à longueur d’années et uniquement les horaires de présence devant les élèves, voici humblement ma petite expérience en tant que jeune enseignante.

Tout d’abord, sache cher lecteur que je fais partie de ceux qui se sont engagés dans ce métier par choix ou vocation comme on dit aussi. Très tôt, j’ai été attirée par le domaine éducatif non pas pour les vacances scolaires ou la stabilité mais pour sa polyvalence et son importance quant à la préparation de l’avenir de notre société. Je voulais agir, à mon niveau individuel, pour que nos enfants est une tête »bien faite » avant d’affronter les difficultés de l’âge adulte. Certes, de part notre expérience familiale avec mon frère autiste, j’avais tout à fait conscience de la nécessité de faire évoluer aussi cette institution pour qu’elle accueille vraiment tous les enfants et s’adapte à leurs spécificités mais, avec l’évolution des lois, je croyais vraiment cela possible avec du temps et des moyens humains (ceux-ci ne sont pas là aujourd’hui encore mais c’est un autre sujet). Tout au long de mes études supérieures (classe préparatoire littéraire puis master d’Histoire et métiers du livre), j’ai persévéré dans mon projet. Plusieurs formateurs m’ont alors parlé de manque d’ambition intellectuelle en me conseillant, plus ou moins délicatement, de viser plutôt un CAPES ou une agrégation. Pour les non-initiés, cela voulait dire enseigner plutôt à des adolescents en collège ou lycée mais, entêtée que je suis, je leur ai répondu que le public adolescent ne m’intéressait pas et que je n’allais tout de même pas choisir d’enseigner dans le second degré uniquement pour la reconnaissance sociale ou les horaires ! Aussi, après un petit stage en bibliothèque universitaire pour être sûre de ne pas avoir de regrets de ce côté là, j’ai pris la direction de l’IUFM de Bourg-en-Bresse afin de me préparer au concours de professeur des écoles. En septembre 2006, je fus reçue et, au bout d’un an de formation, enfin titularisée en tant qu’enseignante de l’Education Nationale. Qu’en est-il de mes idées sept ans après, maintenant que je suis à l’intérieur de cette grande maison ?

Au niveau de la stabilité de l’emploi, tout d’abord, sachez qu’au cours de mes sept années d’exercice, j’ai changé d’écoles et de niveau tous les ans. Ce n’est ni un choix ni la conséquence de mauvaises notes en inspection, par exemple, mais le résultat de la politique du Ministère de l’Education Nationale en terme de gestion des ressources humaines. Pour faire très simple, on a recruté à mon époque un certains nombres d’enseignants sur concours mais on a en parallèle fermé des classes. Du coup, ce qu’on appelle le « mouvement des enseignants » qui recouvre en fait leur nomination sur tel ou tel poste, a été paralysé : lorsqu’on fermait une classe de tout petit, par exemple, les collègues concernés recevaient légitimement une telle bonification qu’ils prenaient les seuls places encore disponibles à titre définitif si bien que j’ai découvert alors qu’il me faudrait sans doute attendre plusieurs années avant d’avoir vraiment une classe. Comme la plupart de mes collègues de promotion, j’appris ainsi ce qu’on allait faire de moi après la rentrée de septembre car, comme les créations de classe sont décidées une fois la rentrée passée, certains postes sont alors de nouveaux disponibles pour les enseignants en attente d’affectation. (Malheureusement, ces nouvelles nominations sont à titre provisoires et, même si la même classe est disponible l’année d’après, il n’y a pas de priorité pour que l’enseignante reste l’année d’après et assure une certaine continuité auprès des parents}. Surtout, ces affectations  pour un an sur des ouvertures de classe (ce qui veut dire pas de matériel présent et tout a commander et installer alors qu’on débute dans le métier) ne sont pas suffisantes pour « absorber » l’ensemble des enseignants rester en surnombre si bien que plusieurs de mes connaissances se sont retrouvées obligées de faire des remplacements par ci par là pendant un an, en apprenant souvent le matin même où elles étaient envoyées. Je vous laisse imaginer à quel point il peut être inconfortable, lorsqu’on aime le travail bien fait et que l’on a pas encore vraiment d’expérience derrière soi, d’arriver dans une école dans ces conditions pour prendre une classe et enseigner aux élèves…

En terme d’engagement en tant que fonctionnaire pour assurer un service public, je pense aujourd’hui que ce terme ne recouvre plus grand chose non pas à cause des enseignants qui essaye de faire du mieux qu’ils le peuvent en faisant très souvent des heures bénévolement pour leurs élèves mais à cause de la même logique comptable qui régit désormais tout le système. Concernant les remplaçants, par exemple, il a été décidé pour faire des économies de diminuer très fortement le corpus d’enseignants initialement prévu et de recourir plutôt à des vacataires extérieurs. Ces derniers, s’ils ont certes beaucoup de bonne volonté et souvent une licence, n’ont reçu aucune formation pédagogique et sont embauchés pour des durées déterminées ce qui coûte bien moins cher à l’Etat. Malheureusement pour ce dernier, c’est encore un métier que de s’occuper toute la journée de classes entières pour les amener à entrer dans de réels apprentissages ! Du coup, il y a aujourd’hui en France une vraie pénurie de remplaçants si bien que quand un enseignant est malade, ce qui arrive à tout le monde, les 30 familles des dits enfants et les collègues restant se retrouvent obligés de trouver une solution alternative pour se répartir ou faire garder les élèves. Dans la même veine des décisions très discutables prises ces dernières années pour faire plus d’économies, les effectifs des RASED -Réseau d’Aide Spécialisée auprès des Enfants en Difficulté- ont été très fortement diminué alors que les élèves qui en ont besoin sont toujours là. Concrètement, cela venir qu’on ne peut plus proposer pour ces enfants l’aide, gratuite et sur le temps de classe, d’un psycholoque scolaire, d’un enseignant formé pour les problèmes de comportement en tant qu’élève et d’un second spécialisé dans les apprentissages. Si on se débrouille malgré tout pour donner le meilleur à ces élèves, comment aider spécifiquement ces élèves particuliers sachant que, dans le grand groupe, ils sont souvent en difficulté ou dans la provocation permanente ? Il y a la fameuse aide personnalisée, qui n’est ni plus ni moins que du soutien une ou deux fois par semaine mais, au vu des besoins, cela équivaut à mettre un pansement sur une jambe de bois…

Enfin, il y a surtout toutes ces heures de travail « bénévole » pour l’Etat qui me prennent de plus en plus de temps au fil des ans. Je m’explique : en dehors des 24 heures de présence devant élèves, il y a évidement des réunions pour monter les projets, rencontrer les familles, préparer les fêtes d’écoles, comptabiliser l’argent des photos etc… Surtout, il faut tout justifier pour notre hiérarchie avec, pour chaque jour, un emploi du temps détaillé de la journée qui explique les objectifs de chaque séance, la durée, le matériel et les étapes du déroulement. Sur une journée, cela représenter environ 8 séances alors, si on multiplie par 4 et par le nombre de semaines travaillées dans l’année, je vous laisse imaginer toute la paperasserie que j’imprime chaque année. Bien sûr, il ne me viendrait pas à l’idée d’arriver en classe sans note ou de partir à 16h30 pétantes sous prétexte que j’ai déjà fait mon quota officiel de réunions ou de paperasse administrative mais, en plus d’une vie de famille, tout ce travail invisible est lourd d’où mes coups de gueule quand on vient me dire que les enseignants qui se plaignent sont des fainéants. De plus, dans le premier degré, je précise que nous n’avons pas la possibilité de faire reconnaître tout le temps passé en plus à l’école comme des heures supplémentaires (et donc rémunérées que ce soit sous forme pécuniaire ou de temps à récupérer comme dans certaines entreprises). Nous n’avons pas non plus de primes en-dehors de  notre salaire, ni de ticket restaurant ou d’avantage négociés par un comité d’entreprise, si bien que le gel de notre point d’indice depuis 4 ans et pour encore plusieurs années signifie concrètement la poursuite d’une baisse de notre niveau de vie. Enfin, si on compare avec les autres pays européens, les enseignants français sont moins bien rémunérés d’où une certaine lassitude quand, de réforme en réforme, on nous demande de changer nos horaires, nos manuels, nos programmes etc…

Au jour d’aujourd’hui, j’aime toujours mon métier mais je ne sais pas où je travaillerai l’an prochain ni avec quel niveau scolaire. Je ne sais pas non plus quels seront mes horaires compte tenu de la réforme des rythmes et de son application différente selon les communes. Pour toutes ces raisons, j’ai fait grêve aujourd’hui car, même si cela m’embête pour mes élèves, ne rien faire participerait à la dégradation de leurs conditions d’accueil. J’espère ne pas le refaire mais, malheureusement, je ne me fais plus beaucoup d’illusions quand à  l’évolution du « plus beau métier du monde »…