Encourager ses élèves en classe de CP

           Un mois après ma reprise dans ma classe de CP, je me suis dit que cela pourrait être sympathique de vous faire partager quelques uns de mes affichages. Je sais que trop d’affichage tue l’affichage mais je suis aussi convaincue du bien fondé d’avoir des affiches attrayantes et motivantes dans la classe.

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Celle-ci orne mon tableau depuis le mois de septembre et est issue du très riche blog de monsieur Mathieu accessible ici. Elle me permet de féliciter trois élèves devant toute la classe pour leurs efforts dans tel ou tel domaines sachant que tous vont bien sûrs être félicités un jour. C’est un outil qui leur parle beaucoup en début d’année et que je couple avec des bons de félicitations exceptionnels que je distribue à peu près tous les 15 jours à tous pour les coller dans les cahiers de liaison et les montrer aux parents.

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         Celui-ci est au-dessus de mon bureau pour dédramatiser l’erreur quand je dois sortir mon tampon « courage continue » ou « attention au soin » (ils ne sont pas très agressifs non plus comme vous pouvez le remarquer). Je parle beaucoup de l’erreur en début d’année pour qu’ils entendent que je préfère voir leurs réponses même erronées plutôt que celle du copain d’à côté qu’ils auraient recopié sans comprendre. Nous sommes en janvier et je crois qu’ils ont bien compris l’idée car ils n’essayent plus de « tricher » lorsqu’on corrige en collectif les exercices du fichier de maths par exemple.

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        Et une dernière qu’ils adorent, notamment lorsque je sévis au bout de la énième fois où untel m’a coupé la parole sans lever le doigt ou n ‘a fait que se promener dans la classe au lieu de sortir son matériel, celle de « Monsieur Muscle ». Ils l’ont vraiment associé aux difficultés de comportement cette année mais elles peut très bien être utilisées pour les difficultés d’apprentissage aussi. Voilà, vous en savez un peu plus sur ma classe de CP cette année. A bientôt !

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Journal d’une bipolaire, postfacé par le Dr Christian Gay

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous présenter une bande dessinée dont la lecture, en début d’année 2014, m’avait beaucoup touchée. Pourquoi alors ne pas l’avoir mise en avant tout de suite ? Parce qu’en France, tout ce qui a trait de près ou de loin à la maladie psychiatrique relève du tabou et/ou, semble-t-il, fait très peur aux honnêtes gens (ce n’est pas contagieux pourtant que je sache ?). En 2014, alors que la médecine et les neurosciences ont fait d’importants progrès, il est certes pratiquement admis que certaines pathologies comme la dépression peuvent arriver à tout le monde mais pas la schizophrénie, les troubles bipolaires ou du développement et autres dysfonctionnements neuronaux dont l’origine serait a priori génétique… Comme je déteste les tabous, je préfère mettre les pieds dans le plat et parler de ce magnifique petit livre témoignage qui s’adresse, notez-le, à un public d’adultes avant tout.

couv_bipolaire_grandeJe connaissais l’auteur, Patrice Guillon  sous un autre pseudonyme à savoir « Pierre Henri ». En effet, il avait déjà publié il y a quelques années de cela un livre autobiographique intitulé  Dans la secte dans lequel une jeune femme, Marion, parle des années qu’elle a passées dans un mouvement sectaire. Dans ce Journal d’une bipolaire, rédigé sous la forme d’une bande dessinée en noir et blanc, il réitère dans le récit autobiographique avec le témoignage de sa fille, Emilie Guillon, qui a écrit les dialogues « en vrac » et que l’auteur a ensuite structurés. Dès la première planche, pleines de sous-entendus un peu inquiétants, une jeune femme parle ainsi de son parcours en sachant que le premier lecteur sera son père. On découvre ensuite un homme qui semble être auteur travaillant sur un témoignage, celui de sa fille, dans lequel il est question de tentatives de suicide, d’hospitalisations à répétition mais aussi de rémissions et de soutien mutuel entre les différents membres de la famille. Pas simple de se lancer dans une telle aventure ! Première planche toujours et première appréhension de l’éditeur : « Faudra trouver un dessinateur qui voudra bien embarquer dans votre histoire… » ! J’imagine la difficulté, d’autant que du côté du dessinateur (Sébastien Samson), il s’agit de sa première BD !

Dans le premier chapitre introductif, on en apprend plus sur Camille. Brillante étudiante en Droit, elle part en 2001 pour un voyage de plusieurs semaines au Canada et y rencontre Julien. Ils tombent amoureux. Les vacances se terminent, Camille rentre en France mais Julien a du mal à s’y résoudre et lui demande de revenir. A l’aide de mails et d’appels téléphoniques quotidiens, il la harcèle pour qu’elle accepte de vivre avec lui.  Cette pression est l’un des déclencheurs de la maladie. L’autre, c’est l’angoisse de rater ses examens. De fil en aiguille, la jeune fille se laisse dévorer par le stress et entre dans le cercle vicieux de la bipolarité plus connu sous le nom de maniaco-dépression. On entre alors dans le vif du sujet lorsque Camille/Émilie, tout en évitant largement l’écueil du cliché pathétique,  livre le récit sincère et surtout accessible de ces angoisses et de son manque de confiance en soi. On entre alors de plein pied dans la description de la maladie (les idées suicidaires, les phases maniaques, la compulsion, les hospitalisations à répétition, etc. ) Personnellement, bien que je n’ai pas connu toutes ces difficultés, je trouve que le cercle vicieux de cette maladie est extrêmement bien décrit car on ressent presque la culpabilité de l’auteure sur les conséquences de sa maladie sur ses proches. L’album s’appuie en outre sur l’alternance des phases maniaques et des phases dépressives pour rythmer la narration, ce qui fait toute sa force.

Enfin, au bout de cinq longues années de galère, un médecin psychiatre nomme enfin la maladie de Camille et lui en explique les symptômes. Car, si la maniaco-dépression est tout de même assez courante dans notre société (plus de 6% pour le Dr Gay) et que les spécialistes ont accès aux comptes-rendus de séminaires, études…, il faut beaucoup de temps et de compétences pour la diagnostiquer chez un patient. Ce décalage entre la théorie et le dépistage sur le terrain entraîne malheureusement des prises en charge médicales parfois non adaptées avec,certes des améliorations passagères de l’humeur, mais aussi des rechutes voire des accélérations des virages maniaques…A partir du moment où le diagnostique est posé, l’héroïne et sa famille comprennent que ce qu’ils ont vécu peut s’expliquer scientifiquement et, du coup, que la jeune femme va pouvoir apprendre à vivre avec en détectant elle-même une partie des symptômes de rechutes. Si le soutien d’un professionnel de santé lui sera toujours nécessaire, accompagné ou non d’un traitement médicamenteux de type prise de lithium, elle pourra grâce à la psycho-éducation mener une vie la plus normale possible et trouver ainsi une paix après laquelle elle court en vain depuis le début du livre. L’ouvrage se termine enfin sur une postface du Dr Christian Gay, le co-fondateur de l’association France Dépression. Dans une double page très claire, il donne aux lecteurs dans un langage volontairement accessible et non médical les clés pour faciliter l’identification et l’accès au soin des malades. Surtout, il invite les lecteurs à lutter contre la stigmatisation des patients bipolaires en enfonçant le clou :

« Ce n’est pas parce qu’on est touché par un trouble que l’on est différent des autres. Certes il est difficile d’en parler mais la perception d’un trouble évolue heureusement du fait d’une meilleure information du public. Les récits autobiographiques (…), tel celui-ci, permettront de faciliter la compréhension de cette maladie et donc l’accès rapide aux soins nécessaires ». Sur ces bonnes paroles paroles, j’espère moi-aussi avoir contribué à dédiaboliser cette maladie…