L’éducation nationale et les enfants porteurs de handicaps.

A l’origine de cet article, je voulais écrire sur l’Instruction En Famille (ou IEF) mais, au fil des lignes, je me suis rendu compte que je déviais vers le sujet de l’intégration, ou non, des enfants atteints de troubles envahissant du développement (TED) dans l’éducation nationale. En effet, dans bien des cas, je pense que l’instruction en famille est une solution envisageable pour certains de ces enfants (attention, je ne dis pas que c’est la seule ou la meilleure non plus). Je m’explique. L’école publique aujourd’hui est en crise. Ce n’est pas un scoop, ni une analyse éminent d’un grand ponte, juste un constat. Malgré les beaux discours, elle n’est pas (encore ?) adaptée à tous les enfants par manque de moyens peut-être ou par manque de volonté politique plus sûrement. Actuellement, entre les effectifs trop importants, la paperasse qu’on demande aux instituteurs/trices et les programmes qui changent tous les 5 ans environ, il est très difficile de pratiquer un enseignement de qualité adapté à tous les élèves. Bien sûr, la plupart des collègues et moi-même essayons de faire du mieux que nous pouvons au quotidien mais, si je prends un peu de recul par rapport à mes sept années d’expérience, j’avoue que j’ai revu à la baisse plusieurs de mes motivations initiales.

Parmi elles, le plus grand deuil que j’ai du faire est celui de l’intégration réelle (ou inclusion) des enfants dits « à besoins éducatifs particuliers » (jolie périphrase pour recouvrir les enfants dys-, porteurs de handicaps, en difficultés sociales et comportementales, etc). Comme certains d’entre vous le savent, je suis à la croisée des chemins car, mon petit frère étant autiste Asperger, je suis aussi famille et, à ce titre, j’ai vécu de l’intérieur le parcours de combattant que peut-être la scolarisation d’un enfant différent. Mais d’abord, un peu d’histoire pour savoir quel est le cadre légal en France pour l’instruction de ces enfants.

A partir des années 1970, à la demande et à l’initiative des familles, d’associations de parents, d’équipes médicales, d’enseignants et d’éducateurs, des expériences d’intégration en milieu scolaire ordinaire de jeunes handicapés sensoriels, puis d’autres catégories de jeunes handicapés se sont peu à peu développées. La loi d’orientation du 30 juin 1975 en faveur des personnes handicapées a traduit l’évolution des esprits, posant comme principe, dans son article 1er, le maintien des mineurs ou adultes handicapés dans un cadre de vie et de travail ordinaire chaque fois que leurs aptitudes le permettent. Cette loi a représenté une étape importante du point de vue de l’affirmation des droits des personnes handicapées. Elle érige en ’’obligation nationale’’ la prévention et le dépistage des handicaps, les soins, l’éducation, la formation et l’orientation professionnelle du mineur et de l’adulte handicapé. Elle situe ’’de préférence’’ dans des classes ordinaires l’éducation de tous les enfants et adolescents ’’susceptibles d’y être admis malgré leur handicap’’.

A partir de 1981, la politique d’intégration scolaire reçoit une impulsion accrue. Deux circulaires importantes sont publiées : la première, en janvier 1982, signée par le Ministre de l’Éducation nationale et le Ministre de la Solidarité nationale, définit les grandes lignes de la politique d’intégration ;la seconde, en janvier 1983, signée par les représentants des Ministres concernés (Éducation nationale, Affaires Sociales et Solidarité nationale, Santé), précise les modalités techniques et pratiques de la mise en oeuvre de cette politique. La loi d’orientation sur l’éducation du 10 juillet 1989 a pris en compte le bilan positif du développement des actions d’intégration et affirmé la nécessité de poursuivre dans cette voie.

Malgré cela, je me rappelle qu’à l’époque de la scolarisation de mon frère (nous sommes nés en 1982 et 1983), la France était encore régulièrement condamnée car beaucoup d’enfants handicapés mentaux n’étaient pas acceptés dans leur école de quartier si bien que les familles avaient le choix entre s’expatrier en Belgique (ce qu’on a conseillé officieusement à mes parents) ou bien faire l’école à la maison. Mais ne généralisons pas :  parallèlement à ces beaux discours, des classes spécialisés ont certes vus le jour dans des écoles « ordinaires ». On appelle ces classe des CLIS et ils en existent de plusieurs sortes selon le handicap de l’enfant. A l’époque dont je vous parle, tous les enfants porteurs de troubles mentaux, violents ou non, intelligents ou non, étaient mis dans la même classe (surnommée la classe des fous par les camarades des autres classes) et confiés à de jeunes instits qui sortaient de formation sans spécialisation pour ce type de public. Bref, cela dysfonctionnait même si la loi a continué a évoluer dans le bon sens dans les années 1990 avec, notamment, la création des RASED, la mise en place des classes relais puis des UPI en l’an 2000.

En 2005 (seulement !), plusieurs lois paraissent coup sur coup qui vont révolutionner la vie des familles touchées par l’autisme (voir le détail à cette adresse : http://ash14.pedagogie.ac-caen.fr/spip.php?article14). Il faut retenir surtout celle de Février 2005 sur l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées qui, au moins dans les textes, marque une volonté de rupture avec l’exclusion de ces enfants dans les années précédentes en précisant de nouveaux que, dans la mesure du possible, ils ont droits comme tous les autres à une scolarisation dispensée par l’Etat et, si possible, dans l’école du quartier. Près de 10 ans après, on voit certes encore des cas de mamans montant sur des grues pour exiger de l’Etat le respect de ses promesses, notamment en termes d’octroi d’Auxiliaires de Vie Scolaire (un adulte en plus dans la classe pour aider ces enfants), mais les choses ont avancé. J’ai eu plusieurs fois dans mes classes dans mes classes des enfants présentant des troubles cognitifs ou du comportement et, heureusement, jamais je n’ai eu à conseiller à leurs parents de s’expatrier. En revanche, dans certains cas, j’ai du m’opposer à certains collègues frileux pour qu’ils puissent rester dans le milieu ordinaire, notamment lors des « passages symboliques » que constituent l’entrée au CP ou en 6ème. Je ne peux pas jeter la pierre à ces enseignants car, en réalité, je pense qu’ils ont surtout peur d’accueillir ces enfants au sein de leur classe. Dans la très grande majorité des cas, nous n’avons pas été formés quand la loi est parue et, à titre d’exemple, quand j’ai demandé des modules de formation pour savoir comment adapter mon enseignement à ces élèves, le formateur m’a conseillé explicitement de me renseigner auprès des associations de familles … Du coup, j’ai bricolé des outils en m’aidant de sites de mamans qui scolarisent elles-mêmes leurs enfants et c’est comme cela que j’ai découvert, indirectement, l’Instruction en Famille.

En France, il faut savoir que l’instruction en famille est légale car c’est l’instruction qui est obligatoire, et encore à partir de 6 ans, et non l’école.

En très gros, car un prochain article sera exclusivement consacré à ce sujet, selon la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme : « Les parents ont par priorité le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants. » (1948, article 26-3). Du coup, ils peuvent décidés tout à fait légalement de ne pas/plus mettre leur enfant à l’école et de lui dispenser eux-même une instruction. Leur seule obligation, d’après les textes, est de le déclarer en mairie chaque année pour les enfants entre 6 et 12 ans et d’accepter de se soumettre à un contrôle par l’Inspecteur de l’Education Nationale au moins une fois par an. Le décret n° 2009-259 du 5 mars 2009 fixe ainsi les connaissances requises par les enfants instruits en famille à l’issue de la scolarité obligatoire. Lorsque les résultats du contrôle sont jugés insuffisants, le rapport doit préciser en quoi l’instruction donnée compromet le développement de la personnalité et la socialisation de l’enfant et/ou ne permet pas l’acquisition des connaissances fixées par le décret. Mais cela, je le développerai dans un autre article à venir …

 

 

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Et une pétition, une !

Bien qu’enseignante dans l’éducation nationale, je suis la première à reconnaître que notre système n’est pas parfait. En effet, au cours de mes sept années d’expérience professionnelle, j’ai pu constater certains dysfonctionnements majeurs qui me poussent régulièrement à m’interroger sur la poursuite, ou non, de cette carrière.

Tout d’abord, l’intégration ou plutôt la non adaptation actuelle du système aux enfants dits « différents » ou, en jargon EN, « à besoins spécifiques ». Certes, nous avons depuis quelques années une jolie loi qui oblige l’état à scolariser ces enfants (enfin !) mais, dans la pratique, la situation est complexe. D’une part, de nombreux collègues, sans doute parce qu’ils n’ont pas été « en contact » avec le handicap dans leur vie, ont peur de ces enfants. Comme ils n’arrivent pas à les faire progresser ou à les inclure à la vie de la classe, ils se disent que leur place est avec des enfants qui leur ressemble et souhaite donc sincèrement les orienter dans une classe spécialisée. Personnellement, pour avoir vu mon petit frère, autiste Asperger, orienté dans une CLIS D à partir du CP, alors qu’il avait les compétences intellectuelles pour poursuivre dans le système « classique » et qu’il ne faisait pas de « crise » en classe à l’époque, j’ai vu le gâchis qu’une telle logique pouvait provoqué pour certains enfants. Attention, je ne dis pas que l’orientation en CLIS est forcément inadaptée : simplement, elle ne doit pas être automatique car, à l’heure actuelle, n’ayant ni brevet ni bac, mon frère ne peut prétendre à aucun emploi (le CAT ou ESAT dans lequel il a fait un stage étant maintenant plutôt réservé aux personnes en difficultés sociales 😦 …) et est maintenant en foyer de vie alors qu’il rêvait de travailler « comme tout le monde ». D’autre part, sur le terrain, obtenir une AVS qui soit vraiment une aide pour l’enfant et non une personne elle-même en difficulté sociale est parfois compliquée. Je connais ainsi des parents qui se sont battus jusqu’au mois d’octobre pour obtenir quelqu’un de bien et, malheureusement, uniquement quelques heures par semaine.

Dans mes classes, je me suis souvent « battue » pour ces élèves. L’un, diagnostiqué autiste par l’ITTAC et pour lequel j’avai défendu l’idée d’un passage au CP, est aujourd’hui en CM1 avec AVS et tout se passe bien. L’autre, probablement à haut potentiel ou surdoué en langage courant, est aujourd’hui en GS dans une autre école que celle où j’exerçais à l’époque et il n’est plus ni marginalisé ni sans cesse rabroué par le corps enseignant (être obligé de conseiller en OFF de changer un enfant d’école parce que les collègues sont étroits d’esprit, je trouve cela lamentable…). Un troisième, enfin, est encore dans ma classe et même s’il a du mal à rester sur sa chaise toute une journée (je soupçonne une hyperactivité mais, étant donné le suivi actuel par CMP et RASED, je ne vais pas lui « coller » une autre étiquette), il progresse a son rythme de CE1 pas très attentif en classe mais capable de s’améliorer avec une aide de l’adulte.

Voilà, pour toutes ces raisons, je vous invite à signer la pétition suivante, faite par un collègue à la retraite dont vous pourrez lire les travaux sur le site en lien : http://appelecolesdifferentes.blogspot.fr/

Cela ne fera peut-être pas bouger l’Etat mais, si cela pouvait permettre de créer des écoles différentes et gratuites pour tous avec des enseignants membres de l’éducation nationale, ce serait déjà un grand pas. Surtout, cela me permettrait aussi de ne pas avoir à réfléchir sur le sujet de quitter ou non l’EN dans les années à venir pour rejoindre une école axée sur des pédagogies plus officieuses comme celle de Maria Montessori qui fut, excusez moi du peu, nominée trois fois pour le Prix Nobel de la Paix de son vivant…

mariachild

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