…fais dodo, t’auras du lolo ! »

Suite et fin de mon précédent article sur le sommeil, mais pour évoquer celui des parents de très jeunes enfants. somml

Devenir père et mère fut, pour mon chéri et moi, comme faire un grand saut vers l’inconnu. En effet, nous étions les premiers de notre bande de copains à avoir un bébé et, dans nos deux familles, personne n’avait « sauter le pas » non plus. Du coup, naïvement, nous pensions que l’accueil du bébé se ferait naturellement et que, même s’il y aurait forcément des réajustements à faire au cours des premiers mois, cela se ferait tout de même bon an, mal an (décidément, c’est l’article des expressions idiomatiques celui-ci !). Si on nous avait dit à quel point notre vie allait être transformée côté sommeil, je crois que nous ne l’aurions pas cru…Mais resituons les évènements. Quand Solinette est née, au mois de septembre 2011, mon chéri a eu ses trois jours de congés pendant lesquels il a fait des allers-retours maison maternité. Bien sûr, pendant ces trois nuits, j’ai très peu dormi mais je venais d’avoir un bébé donc cela me paraissait normal. Ensuite, il a du reprendre le travail car, ayant commencé dans un établissement auprès des jeunes en grandes difficultés seulement un mois auparavant , il lui semblait malvenu de poser ses congés immédiatement. J’ai alors poursuivi mes nuits hachées et découvert les journées à porter bébés à bras (je ne connaissais pas encore le portage à l’époque). Au bout de quelques semaines, je reconnais très humblement que j’étais épuisée … et complètement déprimée du coup ! Je m’occupais de notre bébé tant bien que mal la journée, j’essayai de dormir quand elle dormait (mais j’avais alors attrapé le sommeil des nourrices, toujours sur le qui-vive et, comme elle pleurait souvent à cause de ses coliques, j’avais quasiment l’impression de l’entendre pleurer même quand elle dormait bichette). Surtout, je demandais à mon mari de prendre le relais dès qu’il rentrait du travail et, heureusement pour moi et pour nous tous, il a été super compréhensif à l’époque. Finalement, il a pu poser son congé paternité après les vacances de la Toussaint ce qui nous a permis de partir trouver du relais auprès de ma belle-famille et nous retrouver un peu en tant que couple mais, je le répète, si on m’avait dit avant la naissance que je serai aussi fatiguée au bout d’un mois, je ne l’aurai pas cru (et c’est une insomniaque chronique qui l’écrit !).

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Que dire alors maintenant,plus de deux après, à propos du sommeil des parents de jeunes enfants ? Personnellement, je pense qu’il faut les prévenir de cette privation plus ou moins grande de sommeil afin qu’ils relativisent ensuite leurs difficultés des premiers mois. D’après une étude parue dans le Daily Mail, pendant la première année de la vie d’un nouveau-né, les parents de nouveaux-nés dorment en moyenne 5,1 heures par nuit, soit près de trois heures de moins que le temps de repos recommandé. Sur une semaine, c’est un peu plus de 20 heures de précieux sommeil qu’ils perdent. Parmi les raisons invoquées par les nouveaux parents pour expliquer ce raccourcissement de leurs nuits, on retrouve dans 62% des cas les biberons ou les tétées nocturnes ; 57% des nouveaux parents manquent de sommeil car le bébé se réveille et/ou pleure pendant la nuit et 34% enfin évoquent leurs difficultés à se rendormir après l’un de ces réveils. Cumulées sur un an, ces « insomnies » représenteraient tout de même 44 jours de sommeil en moins et entraînent parfois des dépressions maternelles ou paternelles voire des « baby-clash » (nouveau terme anglo-saxon pour définir les couples qui se séparent après l’arrivée d’un bébé). Personnellement, nous avons pu surmonter ces moments compliqués grâce au relais de nos familles, au soutien de quelques uns de nos amis et à l’écoute des professionnels de la PMI locale (puéricultrice et psychologue). Et, au bout de quatre mois, entre la fin de ces coliques, le développement de son système digestif avec l’introduction des purées puis des compotes (merci docteur de m’avoir fait commencé à cet âge-là ;-)) et la poursuite du même rituel d’endormissement que depuis sa naissance (moments calins, histoires et prières chantées dans le lit), Solène a fait ses nuits. 10 belles heures de sommeil d’affilée, de 20h à 6heure. Nous étions presque aussi fière d’elle que pour sa naissance je crois ! Enfin, nous avons pu dormir de nouveau comme presque tout le monde et, très logiquement, le moral est aussi remonté en flèche pour nous deux à partir de ce moment-là.

Bref, pour conclure ce long article en deux parties, je dirais aux jeunes parents qui me lisent que c’est une question de temps. Au bout d’un mois, de trois, de six ou de 12 selon votre enfant, il finira tôt ou tard par faire ses nuits et, par conséquence, vous aussi. Tout est question de patience et de soutien. Surtout, si vous sentez que vous flancher physiquement ou moralement, n’hésitez pas à demander de l’aide que ce soit auprès de la famille proche, des professionnels de la Protection Maternelle Infantile ou par une Association de Soutien à la Parentalité comme la Cause des Parents à Lyon. Sur ces bonnes paroles, je vous laisse avec une image bien apaisante qui vient d’un autre blog de maman intitulé « solutions-parents ». Son auteur, coach parental, a d’ailleurs écrit plusieurs articles traitant justement des trucs et astuces pour aider son enfant à devenir un dormeur et je vous invite donc à aller le lire si vous chercher plus d’informations sur la question.

Little boy is sleeping

 

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Journal d’une bipolaire, postfacé par le Dr Christian Gay

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous présenter une bande dessinée dont la lecture, en début d’année 2014, m’avait beaucoup touchée. Pourquoi alors ne pas l’avoir mise en avant tout de suite ? Parce qu’en France, tout ce qui a trait de près ou de loin à la maladie psychiatrique relève du tabou et/ou, semble-t-il, fait très peur aux honnêtes gens (ce n’est pas contagieux pourtant que je sache ?). En 2014, alors que la médecine et les neurosciences ont fait d’importants progrès, il est certes pratiquement admis que certaines pathologies comme la dépression peuvent arriver à tout le monde mais pas la schizophrénie, les troubles bipolaires ou du développement et autres dysfonctionnements neuronaux dont l’origine serait a priori génétique… Comme je déteste les tabous, je préfère mettre les pieds dans le plat et parler de ce magnifique petit livre témoignage qui s’adresse, notez-le, à un public d’adultes avant tout.

couv_bipolaire_grandeJe connaissais l’auteur, Patrice Guillon  sous un autre pseudonyme à savoir « Pierre Henri ». En effet, il avait déjà publié il y a quelques années de cela un livre autobiographique intitulé  Dans la secte dans lequel une jeune femme, Marion, parle des années qu’elle a passées dans un mouvement sectaire. Dans ce Journal d’une bipolaire, rédigé sous la forme d’une bande dessinée en noir et blanc, il réitère dans le récit autobiographique avec le témoignage de sa fille, Emilie Guillon, qui a écrit les dialogues « en vrac » et que l’auteur a ensuite structurés. Dès la première planche, pleines de sous-entendus un peu inquiétants, une jeune femme parle ainsi de son parcours en sachant que le premier lecteur sera son père. On découvre ensuite un homme qui semble être auteur travaillant sur un témoignage, celui de sa fille, dans lequel il est question de tentatives de suicide, d’hospitalisations à répétition mais aussi de rémissions et de soutien mutuel entre les différents membres de la famille. Pas simple de se lancer dans une telle aventure ! Première planche toujours et première appréhension de l’éditeur : « Faudra trouver un dessinateur qui voudra bien embarquer dans votre histoire… » ! J’imagine la difficulté, d’autant que du côté du dessinateur (Sébastien Samson), il s’agit de sa première BD !

Dans le premier chapitre introductif, on en apprend plus sur Camille. Brillante étudiante en Droit, elle part en 2001 pour un voyage de plusieurs semaines au Canada et y rencontre Julien. Ils tombent amoureux. Les vacances se terminent, Camille rentre en France mais Julien a du mal à s’y résoudre et lui demande de revenir. A l’aide de mails et d’appels téléphoniques quotidiens, il la harcèle pour qu’elle accepte de vivre avec lui.  Cette pression est l’un des déclencheurs de la maladie. L’autre, c’est l’angoisse de rater ses examens. De fil en aiguille, la jeune fille se laisse dévorer par le stress et entre dans le cercle vicieux de la bipolarité plus connu sous le nom de maniaco-dépression. On entre alors dans le vif du sujet lorsque Camille/Émilie, tout en évitant largement l’écueil du cliché pathétique,  livre le récit sincère et surtout accessible de ces angoisses et de son manque de confiance en soi. On entre alors de plein pied dans la description de la maladie (les idées suicidaires, les phases maniaques, la compulsion, les hospitalisations à répétition, etc. ) Personnellement, bien que je n’ai pas connu toutes ces difficultés, je trouve que le cercle vicieux de cette maladie est extrêmement bien décrit car on ressent presque la culpabilité de l’auteure sur les conséquences de sa maladie sur ses proches. L’album s’appuie en outre sur l’alternance des phases maniaques et des phases dépressives pour rythmer la narration, ce qui fait toute sa force.

Enfin, au bout de cinq longues années de galère, un médecin psychiatre nomme enfin la maladie de Camille et lui en explique les symptômes. Car, si la maniaco-dépression est tout de même assez courante dans notre société (plus de 6% pour le Dr Gay) et que les spécialistes ont accès aux comptes-rendus de séminaires, études…, il faut beaucoup de temps et de compétences pour la diagnostiquer chez un patient. Ce décalage entre la théorie et le dépistage sur le terrain entraîne malheureusement des prises en charge médicales parfois non adaptées avec,certes des améliorations passagères de l’humeur, mais aussi des rechutes voire des accélérations des virages maniaques…A partir du moment où le diagnostique est posé, l’héroïne et sa famille comprennent que ce qu’ils ont vécu peut s’expliquer scientifiquement et, du coup, que la jeune femme va pouvoir apprendre à vivre avec en détectant elle-même une partie des symptômes de rechutes. Si le soutien d’un professionnel de santé lui sera toujours nécessaire, accompagné ou non d’un traitement médicamenteux de type prise de lithium, elle pourra grâce à la psycho-éducation mener une vie la plus normale possible et trouver ainsi une paix après laquelle elle court en vain depuis le début du livre. L’ouvrage se termine enfin sur une postface du Dr Christian Gay, le co-fondateur de l’association France Dépression. Dans une double page très claire, il donne aux lecteurs dans un langage volontairement accessible et non médical les clés pour faciliter l’identification et l’accès au soin des malades. Surtout, il invite les lecteurs à lutter contre la stigmatisation des patients bipolaires en enfonçant le clou :

« Ce n’est pas parce qu’on est touché par un trouble que l’on est différent des autres. Certes il est difficile d’en parler mais la perception d’un trouble évolue heureusement du fait d’une meilleure information du public. Les récits autobiographiques (…), tel celui-ci, permettront de faciliter la compréhension de cette maladie et donc l’accès rapide aux soins nécessaires ». Sur ces bonnes paroles paroles, j’espère moi-aussi avoir contribué à dédiaboliser cette maladie…