Passer pour « le vilain petit canard » et se transformer malgré tout en cygne.

Voilà un bien grand titre pour essayer de décrire une réalité complexe qui me tient à cœur, à savoir le rejet d’une personne (enfant ou adulte) parce qu’elle est différente du reste du groupe. Cette différence peut être physique, comme pour le petit canard du conte, mentale (je pense à tous mes élèves dits à besoins spécifiques), sociale, culturelle, et bien d’autres choses encore malheureusement.

Tout d’abord, comme il n’y a rien de mieux que le retour aux sources pour bien comprendre une expression, rappelons que Le vilain petit canard est d’abord un conte écrit par Hans Christian Andersen en 1842, après l’échec de la pièce de théâtre L’Oiseau dans le poirier, qui fut sifflée à la première. Andersen s’est inspiré pour écrire ce conte des principales périodes de sa vie et notamment de son enfance. Né dans un milieu très pauvre, il a en effet eu accès tardivement à l’instruction ce qui lui a valu beaucoup de moqueries de la part de ses camarades bien plus jeunes que lui ainsi que de ses professeurs quand il annonça sa volonté de devenir écrivain. Certains psychologues estiment que le thème du rejet par les membres de sa propre famille peut être compliqué à aborder avec des enfants et conseillent de ce fait de réserver ce conte plutôt aux adultes. Au cours de ma formation d’enseignante, on nous a effectivement déconseillé de l’aborder avec des élèves de maternelle pour ne pas leur faire vivre des sentiments trop « compliqués à gérer ». Comme le terrain m’a malgré tout appris à prendre de la distance avec les discours de l’IUFM, j’ai utilisé plusieurs fois l’adaptation proposée par les éditions Retz en grande section pour traiter de l’acceptation de la différence et, dans mes classes, cela a permis de verbaliser des difficultés que ressentaient certains élèves au sein du groupe et d’aider les autres à mieux comprendre les conséquences de leur rejet.  Bien sûr, je n’ai pas passer un trimestre entier non plus dessus car, malgré la fin heureuse, j’entends bien que cela fait partie des sujets « lourds de fond et de sens » mais je recommanderai volontiers ce support à quelqu’un qui veut malgré tout comme moi aborder ce thème avec des enfants de fin de maternelle (l’avantage de cette collection étant aussi qu’elle permet de bien travailler le langage oral avec des niveaux de progressivité différents).

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Si le thème du rejet de la différence me touche, c’est bien sûr parce que j’y est été confrontée assez jeune dans ma vie personnelle. Mon frère souffre en effet de « troubles autistiques » et, dans les années 80/90, peu de personnes autour de nous connaissait l’existence de ces pathologies. Concrètement, nous devions souvent faire face à des commentaires désobligeants de la part des autres adultes (du style « mais mettez lui une bonne fessée et comme cela il ne fera plus de caprices… »). A l’école, j’évitais autant que possible le sujet mais certains de mes camarades ne se sont pas privés de me dire que mon frère était fou. Je n’étais pas rejetée à proprement parler mais l’idée d’inviter un(e) ami(e) à venir passer un après-midi ou une nuit à la maison n’était même pas envisageable dans ce contexte. Enfin, une partie du corps médical pensait encore, à la suite des travaux de Bruno Bettelheim, que c’était en partie de la faute de la mère si l’enfant souffrait de cette pathologie à cause d’un rejet plus ou moins conscient de son enfant. Si les théories de Bettelheim concernant l’autisme sont aujourd’hui contestées, y compris par certains psychanalystes, elles étaient très présentes à l’époque si bien que mes parents sentaient, de la part des professionnels qui prenaient en charge mon frère, une certaine suspicion vis-à-vis d’eux qui a entraîné une communication très difficile de part et d’autre… Bref, je pense que tous les membres de ma famille se sont sentis les « vilains petits canards » de notre entourage avec des réactions variables selon les ressources de chaque individu : investissement militant dans les associations de familles d’enfants autistes, enfermement dans le travail ou encore comportements de type résilients dans mon propre cas.

C’est sur ces derniers mécanismes de « rebond » face à un contexte hostile, et pour donner de l’espoir à ceux qui se sont un jour sentis rejetés par le reste du groupe à cause de leur différence, que je voudrais terminer cet article. Dans son livre intitulé Les vilains petits canards, le neuropsychiatre et psychanalyste Boris Cyrulnik démontre en effet que chacun peut surmonter un traumatisme, réapprendre à vivre, trouver le bonheur et se sentir plus fort en construisant sa propre résilience. Ce mot, emprunté à la mécanique (c’est ce qui permet aux matériaux de résister aux chocs et de retrouver leur forme initiale), désigne une force insoupçonnée que l’on a en soi mais aussi la capacité de rebondir face à un choc avec l’apport d’ une aide extérieure ou non. Bien sûr, une enfance au cours de laquelle on a été un vilain petit canard laisse des traces mais l’auteur démontre aussi, en prenant l’exemple d’artistes célèbres (Barbara, Brassens ou Maria Callas), qu’il est possible dépasser ces premières blessures pour accéder à une véritable dynamique de créativité. L’émergence de l’humour et la prise de distance par rapport à son propre passé jouent un grand rôle dans ce processus au terme duquel les anciens vilains petits canards se transforment parfois en cygnes. Personnellement, c’est tout ce que je leur souhaite…

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L’AUTISME

Un article d’une maman blogueuse que j’aime bien. En tant que famille, je lui dit merci car oui, qu’est ce que cela fait du bien de voir des gens qui ne s’arrêtent pas à la peur de l’inconnu et qui essayent de rencontrer vraiment ces enfants et leur famille !

maman moderne-politiquement incorrecte

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Hier, mercredi 2 avril, c’était la journée mondiale de l’autisme. L’occasion de mettre la lumière sur cet handicap, ces personnes, ces familles, les associations, ce qui est mis en place et une parcelle de tout ce qu’il reste à faire…

J’ai entendu une belle émission sur le sujet hier à la radio : Les Experts d’Helena Morna.

Tout ça m’a fait penser à Cédric et sa famille. C’est le seul que je connaisse. Je me souviens encore (et pour longtemps encore je pense) de notre 1ère rencontre. Dans la cuisine de copains en commun. Je ne l’ai pas entendu arriver, je faisais chauffer les saucisses cocktail, lui ne me connaissait pas et j’étais étrangère à son environnement.

D’un coup je me rends compte que quelqu’un est très proche de moi et m’observe. C’est lui. Je lui ai dit bonjour. Il ne m’a pas répondu. Là je comprends qu’il y…

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