L’instruction en famille, vraie ou fausse bonne idée ?

2013-06-04 Jardin à l'école (26)Une enseignante de l’école publique qui parle de l’Instruction En Famille (plus communément appelée IEF), cela peut paraître étonnant ! Celles qui me suivent depuis un moment déjà savent que cette possibilité d’instruire son enfant à domicile ne me choque pas, bien au contraire, car je suis consciente des multiples défauts de l’institution Education Nationale. le « mamouth » est en effet très gras et ankylosé et, lorsqu’il s’agit de s’adapter à des enfants qui sortent du cadre, les choses sont loin d’être simples tant pour les enseignants que pour les familles de ces enfants …Mais venons-en au vif du sujet, comme expliqué dans l’article sur les élèves en situation de handicap, en France, il faut savoir que l’instruction en famille est légale car c’est l’instruction qui est obligatoire, et encore à partir de 6 ans, et non l’école.

Selon le principe 26 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme : « Les parents ont par priorité le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants. » (1948). Du coup, ils peuvent décidés tout à fait légalement de ne pas/plus mettre leur enfant à l’école et de lui dispenser eux-même une instruction. Leur seule obligation, d’après les textes, est de le déclarer en mairie chaque année pour les enfants entre 6 et 12 ans et d’accepter de se soumettre à un contrôle par l’Inspecteur de l’Education Nationale au moins une fois par an. Pour les fans de lois, sachez que le décret n° 2009-259 du 5 mars 2009 fixe ainsi les connaissances requises par les enfants instruits en famille à l’issue de la scolarité obligatoire. Lorsque les résultats du contrôle sont jugés insuffisants, le rapport doit préciser en quoi l’instruction donnée compromet le développement de la personnalité et la socialisation de l’enfant et/ou ne permet pas l’acquisition des connaissances fixées par le décret. Mais quand l’instruction est faite sérieusement, et que l’enfant participe par ailleurs à des activités « extra-solaires » avec d’autres jeunes de son âge, le rapport est général favorable et les familles rempilent pour l’an prochain ou non, selon leurs choix. Ainsi, un enfant non solarisé en CP pourra intégrer l’école au CE1 et, inversement, un élève peut-être déscolarisé après une année d’école voir même en cours d’année, pour les situations les plus critiques.

Mon avis d’enseignante, qui je le rappelle n’engage que moi, par rapport au choix de l’Instruction en Famille est le suivant. L’enseignement est avant tout un métier et, même si certains politiques ont tenté de faire croire le contraire en supprimant la formation initiale des Professeurs des Ecoles, cela ne s’improvise pas du jour au lendemain. Il faut des compétences importantes, dans les domaines disciplinaires d’une part, et dans le domaine de l’Humain, d’autre part (gestion du groupe classe, des parents, des partenaires, etc). Toutefois, depuis l’essor d’Internet, on peut aussi trouver d’importantes ressources dans toutes les matières et pour tous les niveaux sur le Net. Ainsi, si les parents ont un niveau culturel permettant d’utiliser ces outils avec leur enfant, je pense qu’ils peuvent leur dispenser une instruction de qualité. Côté sociabilisation, il faudra bien sûr que le jeune non-scolarisé participe aussi à des activités ou rencontres « extra-scolaires » pour ne pas être complètement marginalisé. Surtout, il est important de veiller à ce que les familles et les enfants soient bien au clair avec les motifs de ce choix car, lorsque le jeune entrera dans le milieu professionnel, cela peut-être soit un atout soit un handicap selon ce qu’il fait de cette éducation différente.

Pour conclure, sachez qu’il existe de nombreux blogs de familles d’enfants non-scolarisés sur l’Internet. On y on trouve une foule d’informations très utiles, notamment pour tout ce qui concerne la mise en oeuvre des pédagogies dites alternatives, comme celle, de Maria Montessori ou de Célestin Freinet. Enfin, certaines mamans mettent même en ligne des séquences de cours complètes si bien que le travail de préparation s’en trouve nettement allégé pour les familles qui débutent dans l’IEF. Après, cela un reste un choix donc chacun fait selon ses convictions personnelles. Si vous voulez plus d’informations sur le sujet, n’hésitez pas à me contacter bien sûr !

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L’éducation nationale et les enfants porteurs de handicaps.

A l’origine de cet article, je voulais écrire sur l’Instruction En Famille (ou IEF) mais, au fil des lignes, je me suis rendu compte que je déviais vers le sujet de l’intégration, ou non, des enfants atteints de troubles envahissant du développement (TED) dans l’éducation nationale. En effet, dans bien des cas, je pense que l’instruction en famille est une solution envisageable pour certains de ces enfants (attention, je ne dis pas que c’est la seule ou la meilleure non plus). Je m’explique. L’école publique aujourd’hui est en crise. Ce n’est pas un scoop, ni une analyse éminent d’un grand ponte, juste un constat. Malgré les beaux discours, elle n’est pas (encore ?) adaptée à tous les enfants par manque de moyens peut-être ou par manque de volonté politique plus sûrement. Actuellement, entre les effectifs trop importants, la paperasse qu’on demande aux instituteurs/trices et les programmes qui changent tous les 5 ans environ, il est très difficile de pratiquer un enseignement de qualité adapté à tous les élèves. Bien sûr, la plupart des collègues et moi-même essayons de faire du mieux que nous pouvons au quotidien mais, si je prends un peu de recul par rapport à mes sept années d’expérience, j’avoue que j’ai revu à la baisse plusieurs de mes motivations initiales.

Parmi elles, le plus grand deuil que j’ai du faire est celui de l’intégration réelle (ou inclusion) des enfants dits « à besoins éducatifs particuliers » (jolie périphrase pour recouvrir les enfants dys-, porteurs de handicaps, en difficultés sociales et comportementales, etc). Comme certains d’entre vous le savent, je suis à la croisée des chemins car, mon petit frère étant autiste Asperger, je suis aussi famille et, à ce titre, j’ai vécu de l’intérieur le parcours de combattant que peut-être la scolarisation d’un enfant différent. Mais d’abord, un peu d’histoire pour savoir quel est le cadre légal en France pour l’instruction de ces enfants.

A partir des années 1970, à la demande et à l’initiative des familles, d’associations de parents, d’équipes médicales, d’enseignants et d’éducateurs, des expériences d’intégration en milieu scolaire ordinaire de jeunes handicapés sensoriels, puis d’autres catégories de jeunes handicapés se sont peu à peu développées. La loi d’orientation du 30 juin 1975 en faveur des personnes handicapées a traduit l’évolution des esprits, posant comme principe, dans son article 1er, le maintien des mineurs ou adultes handicapés dans un cadre de vie et de travail ordinaire chaque fois que leurs aptitudes le permettent. Cette loi a représenté une étape importante du point de vue de l’affirmation des droits des personnes handicapées. Elle érige en ’’obligation nationale’’ la prévention et le dépistage des handicaps, les soins, l’éducation, la formation et l’orientation professionnelle du mineur et de l’adulte handicapé. Elle situe ’’de préférence’’ dans des classes ordinaires l’éducation de tous les enfants et adolescents ’’susceptibles d’y être admis malgré leur handicap’’.

A partir de 1981, la politique d’intégration scolaire reçoit une impulsion accrue. Deux circulaires importantes sont publiées : la première, en janvier 1982, signée par le Ministre de l’Éducation nationale et le Ministre de la Solidarité nationale, définit les grandes lignes de la politique d’intégration ;la seconde, en janvier 1983, signée par les représentants des Ministres concernés (Éducation nationale, Affaires Sociales et Solidarité nationale, Santé), précise les modalités techniques et pratiques de la mise en oeuvre de cette politique. La loi d’orientation sur l’éducation du 10 juillet 1989 a pris en compte le bilan positif du développement des actions d’intégration et affirmé la nécessité de poursuivre dans cette voie.

Malgré cela, je me rappelle qu’à l’époque de la scolarisation de mon frère (nous sommes nés en 1982 et 1983), la France était encore régulièrement condamnée car beaucoup d’enfants handicapés mentaux n’étaient pas acceptés dans leur école de quartier si bien que les familles avaient le choix entre s’expatrier en Belgique (ce qu’on a conseillé officieusement à mes parents) ou bien faire l’école à la maison. Mais ne généralisons pas :  parallèlement à ces beaux discours, des classes spécialisés ont certes vus le jour dans des écoles « ordinaires ». On appelle ces classe des CLIS et ils en existent de plusieurs sortes selon le handicap de l’enfant. A l’époque dont je vous parle, tous les enfants porteurs de troubles mentaux, violents ou non, intelligents ou non, étaient mis dans la même classe (surnommée la classe des fous par les camarades des autres classes) et confiés à de jeunes instits qui sortaient de formation sans spécialisation pour ce type de public. Bref, cela dysfonctionnait même si la loi a continué a évoluer dans le bon sens dans les années 1990 avec, notamment, la création des RASED, la mise en place des classes relais puis des UPI en l’an 2000.

En 2005 (seulement !), plusieurs lois paraissent coup sur coup qui vont révolutionner la vie des familles touchées par l’autisme (voir le détail à cette adresse : http://ash14.pedagogie.ac-caen.fr/spip.php?article14). Il faut retenir surtout celle de Février 2005 sur l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées qui, au moins dans les textes, marque une volonté de rupture avec l’exclusion de ces enfants dans les années précédentes en précisant de nouveaux que, dans la mesure du possible, ils ont droits comme tous les autres à une scolarisation dispensée par l’Etat et, si possible, dans l’école du quartier. Près de 10 ans après, on voit certes encore des cas de mamans montant sur des grues pour exiger de l’Etat le respect de ses promesses, notamment en termes d’octroi d’Auxiliaires de Vie Scolaire (un adulte en plus dans la classe pour aider ces enfants), mais les choses ont avancé. J’ai eu plusieurs fois dans mes classes dans mes classes des enfants présentant des troubles cognitifs ou du comportement et, heureusement, jamais je n’ai eu à conseiller à leurs parents de s’expatrier. En revanche, dans certains cas, j’ai du m’opposer à certains collègues frileux pour qu’ils puissent rester dans le milieu ordinaire, notamment lors des « passages symboliques » que constituent l’entrée au CP ou en 6ème. Je ne peux pas jeter la pierre à ces enseignants car, en réalité, je pense qu’ils ont surtout peur d’accueillir ces enfants au sein de leur classe. Dans la très grande majorité des cas, nous n’avons pas été formés quand la loi est parue et, à titre d’exemple, quand j’ai demandé des modules de formation pour savoir comment adapter mon enseignement à ces élèves, le formateur m’a conseillé explicitement de me renseigner auprès des associations de familles … Du coup, j’ai bricolé des outils en m’aidant de sites de mamans qui scolarisent elles-mêmes leurs enfants et c’est comme cela que j’ai découvert, indirectement, l’Instruction en Famille.

En France, il faut savoir que l’instruction en famille est légale car c’est l’instruction qui est obligatoire, et encore à partir de 6 ans, et non l’école.

En très gros, car un prochain article sera exclusivement consacré à ce sujet, selon la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme : « Les parents ont par priorité le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants. » (1948, article 26-3). Du coup, ils peuvent décidés tout à fait légalement de ne pas/plus mettre leur enfant à l’école et de lui dispenser eux-même une instruction. Leur seule obligation, d’après les textes, est de le déclarer en mairie chaque année pour les enfants entre 6 et 12 ans et d’accepter de se soumettre à un contrôle par l’Inspecteur de l’Education Nationale au moins une fois par an. Le décret n° 2009-259 du 5 mars 2009 fixe ainsi les connaissances requises par les enfants instruits en famille à l’issue de la scolarité obligatoire. Lorsque les résultats du contrôle sont jugés insuffisants, le rapport doit préciser en quoi l’instruction donnée compromet le développement de la personnalité et la socialisation de l’enfant et/ou ne permet pas l’acquisition des connaissances fixées par le décret. Mais cela, je le développerai dans un autre article à venir …