Les innovations pédagogiques 2012 au banc d’essai

Ce mois-ci, la revue Le monde de l’intelligence consacre son banc d’essai aux innovations pédagogiques 2012. Késako, vous demandez-vous sans doute ? Sous ce titre assez vague se cache en fait un comparatif rapide des différentes inventions technologiques qui sont aujourd’hui utilisées pour aider nos chères têtes blondes à apprendre. Concrètement, cinq supports différents sont évalués : le tableau blanc interactif que, personnellement, je n’ai testé qu’une fois en 5 ans d’enseignement car il coûte très cher aux communes ; les tablettes numériques, de type Kindle ou Ipad ; les jeux video ou serious games, très en vogue apparemment dans  les grandes entreprises privées pour remotiver les employés ; les plate-formes d’apprentissage en ligne, qui sont déjà nombreuses au niveau universitaire et, enfin, les réseaux sociaux disponibles sur le Web. Le constat des deux spécialistes de la rédaction, dont Bruno Devauchelqui exerce à Lyon, est au final assez mitigé. En effet, ces différents supports ouvrent réellement de nouvelles perspectives pour aider les élèves en difficultés scolaires, notamment en influençant de manière directe leurs motivations pour apprendre en présentant les apprentissages de manière « plus ludique » que les traditionnels manuels papiers. Toutefois, il demeure relativement peu accessibles au plus grand nombre soit du fait de leur coût élevé (pour les trois premiers supports), soit parce qu’ils ne peuvent être efficaces qu’en complément d’outils pédagogiques classiques. En conséquence, toutes ces innovations sont certes intéressantes sur un plan pédagogique mais, contrairement à ce que pourrait laisser croire leur omniprésence dans les rayons de nos grands magasins, elles ne risquent pas de remplacer de sitôt l’enseignant, les manuels et les crayons. Il reste donc des progrès à faire dans ce domaine pour parler de « révolution technologique » dans le système scolaire français…

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L’école, le numérique et la société qui vient

   Ce petit ouvrage, accessible pour la modique somme de 5E,  a tout d’un grand! Primo, il est constitué de plusieurs entretiens entre trois spécialistes unanimement reconnus pour leurs compétences intellectuelles : Denis Kambouchner, universitaire de renom, est l’un des tenants de » l’école républicaine » qui considère l’institution scolaire comme le lieu par excellence de la transmission du savoir et de la culture ; Philippe Meirieu est quant à lui le représentant le plus connu de la pensée « pédagogiste », laquelle place l’enfant  au centre du système ; Bernard Stiegler, enfin, est un philosophe spécialisé dans la pensée de la technique qui, bien que peu connu du grand public, intervient régulièrement dans les grandes conférences consacrées aux technologies numériques. Deuxio, ce petit ouvrage que l’on peut facilement lire en plusieurs fois, a aussi le mérite de synthétiser la plupart des grandes problématiques que pose l’omniprésence des technologies numériques dans la société actuelle. En effet, tout comme l’invention de l’imprimerie à l’époque des moines copistes, il semble que nous soyons en train de vivre un changement d’aire intellectuelle, à savoir le passage d’un » monde sur papier » à un « monde sur écran ». Cette évolution, rapide et mondiale, peut soit effrayer les tenants traditionnels du savoir, parmi lesquels les enseignants, soit les enthousiasmer du fait des nouvelles perspectives qu’elle apporte. Les trois auteurs s’interrogent donc sur les différentes manières d’accompagner cette mutation dans le cadre scolaire et notamment sur les moyens d’aider les élèves à dépasser la communication spontanée et immédiate dans laquelle certains usages du numérique peuvent enfermer. La question essentielle qui se pose au pédagogue est alors la suivante: comment permettre aux élèves d’accéder, par le numérique, ou malgré le numérique, à une parole «lettrée»? Comment les amener à devenir des «êtres de culture» (Meirieu)? Comment lutter contre une «prolétarisation» (Stiegler) qui déconnecterait les individus des savoirs qu’ils mettent en œuvre? Telles sont les principales problématiques abordées dans ce livre dont je vous recommande, vous lavez compris, vivement la lecture.